Lettre circulaire 2016

Ne pas oublier ! Faléa, la résistance réussie contre la première mine d’uranium au Mali, pour préparer des projets d’avenir.

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Sommaire

  1.  Préface : Mais qui est Cheikh Anta DIOP ?
  2.  Une Antenne universitaire à Faléa ?
  3.  Bref résumé sur la situation au Mali
  4. Des coopérations à Faléa

Village central-web

La municipalité de Faléa compte 21 villages

1) Préface : Mais qui est Cheikh Anta DIOP

L’historien et Anthropologue sénégalais Cheikh Anta DIOP a réalisé des travaux fondamentaux sur l’origine africaine de la culture égyptienne et, par conséquence, de la civilisation européenne. Sa première thèse de doctorant a été refusée à la Sorbonne en 1954(1). Sa deuxième thèse l’unité culturelle de l’Afrique noire de même en 1959, année de la création de la Fédération du Mali qui accède à l’Indépendance le 20 juin 1960. Cheikh Anta DIOP, persévérant et « habité par le souci de restituer à l’Afrique ce qui a été authentique », réussit enfin cette année-là à imposer à la Sorbonne la reconnaissance de ces travaux. Le 20 août 1960, le Sénégal, sous la pression de la France du Général De Gaule, se retire de la toute jeune fédération du Mali et proclame son indépendance. Cheikh Anta DIOP rentre à Dakar en 1961 et compte enseigner à la faculté des lettres dans son pays natal. Face au refus des autorités du Sénégal de l’époque, dirigé par le Président et poète Léopold Sédar Senghor, il fonde en 1963 l’Institut Fondamental d’Afrique noir (IFAN) (2) avec, entre autres, un laboratoire pour la datation au radiocarbone. Membre du comité scientifique international pour l’histoire général de l’Afrique de l’UNESCO, il participe au Caire en 1974 à un symposium international qui trouve un consensus fondamental sur l’une des thèses de Cheik Anta DIOP : la culture Égyptienne est issue dès le début de cultures précurseur africaines.

Ce n’est qu’en 1981 qu’il est agréé professeur à la faculté des lettres pour l’histoire de l’antiquité. L’université de Dakar a été baptisée, en reconnaissance posthume de l’œuvre de Cheik Anta DIOP, Université Cheik Anta DIOP !

2 ) Une Antenne universitaire à Faléa ?

Professeur Many CAMARA, entouré de ses anciens étudiants et amis, est anthropologue et sociologue, un sage, un scientifique, un chercheur, un stratège et un rassembleur infatigable sur des bases de clarté et de cohérence, d’adéquation aux besoins et aux objectifs collectifs progressistes de nos sociétés mais aussi des défis de notre époque. Il est originaire de Faléa . Sans lui, la bagarre contre la première mine d’uranium du Mali à Faléa aurait été un échec. Mais, grâce à lui, son village, son entourage et le mouvement de solidarité international qu’il a su déclencher, les monstrueuses machines de destruction de la compagnie uranifère sont parties. Malheureusement pas celles qui préparent d’autres extractions minières et qui menacent les habitants…

Le Prof a un rêve ? Une antenne universitaire à Faléa.

Des centaines d’universitaires et de techniciens des économies du Nord se penchent sur l’extraction minière en Afrique. Mais rarissimes sont ceux et celles qui ont entendu parler de Cheik Anta DIOP. Ils ignorent ce qui est authentique en Afrique mais ils participent « bêtement » à la course aux matières premières où les méthodes d’approche sans consultation des habitants se croisent sur le dos de ces êtres humains aux immenses richesses culturelles et aux précieuses valeurs de civilisation dont pourrait tirer profit l’Humanité pour se sortir de sa crise existentielle actuelle.

Telefonkabine-web2011 : la première action : la mise en place d’une unité de communication, antenne satellitaire, accès téléphone et Internet pour désenclaver le village de Faléa

L’Occident, acteur du « libre-échange sans contraintes », c’est à dire par l’affaiblissement de l’État et sans un minimum de normes pour l’environnement et le travail, est confronté aux milliards accumulés et investis par la Chine, qui cherche plutôt des régimes forts. D’autres investisseurs comme l’Arabie Saoudite et les émirats arabes regorgeant de pétrodollars, se positionnent avec des mercenaires djihadistes et par une onéreuse propagande et l’ingérence pour un islamisme fascistoïde (Wahhabite).

Ainsi, la course aux matières premières est devenue une très dangereuse escalade qui s’oriente ces derniers mois vers de plus en plus d’interventionnismes militaires.

Mais le projet du Professeur Many CAMARA est une initiative rayonnant de sagesse : en plein milieu d’une zone d’extraction minière, mais grâce à l’appui de nombreuses universités, institutions et individus, des étudiants venant de partout découvriront dans le cadre de leurs formations – lors d’un stage sur place à Faléa et dans les environs – la culture, l’histoire , les conditions de vie, le potentiel de la nature, la faune et la flore et surtout aussi les hommes, les femmes, leurs enfants et leur volonté de continuer à vivre en paix selon des principes et valeurs humanistes universels tout en restant maîtres de leur destin.

Qui peut contribuer concrètement pour réaliser le rêve du prof ?

3) Bref résumé sur la situation au Mali

1) le pays est occupé militairement, mis sous tutelle politique, encadré sur le plan institutionnel et même dans sa gestion administrative par les puissances occidentales, la France, son ancienne métropole coloniale étant le chef de file ;

2) une réforme institutionnelle et administrative vient de lui être imposée par le dernier accord de « paix » d’Alger qui pose les bases de son démantèlement et de son émiettement en plusieurs Régions autonomes dotées de pouvoirs législatifs et exécutifs totalement indépendants de l’Etat central (un fédéralisme déguisé) ;

3) Dans ces conditions de perte totale de la souveraineté de l’Etat Malien sur son territoire national, c’est la porte ouverte à l’accaparement effréné de toutes les ressources naturelles, minières et énergétiques, au pillage accéléré et à la destruction complète des territoires et des patrimoines locaux.

L’accord de paix viole la constitution malienne. La régionalisation permet à la France, qui a « reçu » le commandement des troupes onusienne (MINUSMA), de remettre en selle la MNLA – le mouvement national de libération de l’Azawad, création française, dans le Nord du Mali. (Kidal etc.). En plus, après son intervention unilatérale (hors résolution de l’ONU) et sur fond de forte contestation des forces démocratiques du pays à travers l’ « Opération Serval » en 2013, la France a conclu en 2014 un accord de défenses sur 5 ans avec le Mali dans le cadre de l’ « Opération Barkane » qui s’étend aux principaux pays de la bande sahélo-saharienne (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina-Faso) pour contrôler et « sécuriser » , à partir de bases militaires, les zones riches en ressources naturelles de cette région.

Photo 555-web

Michèle RIVASI, Eva JOLY, le Maire de Faléa et sa délégation 2011

4) A Falea

26 octobre 2015: encore et encore, l’élection municipale à Faléa n’a pas eu lieu.

ASFA21, opérateur technique et scientifique de l’ARACF (Association des Ressortissants et Amis de la Commune de Faléa) a pu négocier en juillet 2015 un accord de partenariat avec la Coopération allemande (GIZ) au Mali. Titre de du projet qui sera mis en œuvre dans le cadre de cet accord: «Projet d’Appui pour une gestion transparente, consensuelle, équitable et apaisée des ressources minières, agricoles et naturelles du territoire communal de Faléa (PAGREM/Faléa) »

HELVETAS s’engage aussi pour la gouvernance locale démocratique dans le Cercle de Kéniéba dans le cadre d’un programme sur trois ans appuyé également par les coopérations au développement suédoise et norvégienne.

Foreuse-webLes foreuses pour l’exploration de l’uranium sont parties, mais d’autres cherchent d’autres matières premières

ASFA 21 coopère par ailleurs avec un programme de la Chine pour la mise en place d’une filière Bambou à Faléa. C’est la première étape du programme, l’évaluation du potentiel dans le Cercle Kéniéba, qui est actuellement en cours de réalisation. La filière bambou comprend le cycle complet : depuis l’amélioration de la production locale de la plante jusqu’à sa mise en marché en passant par la formation et la mise en place pour l’ensemble de ses possibles applications et transformations.

ASFA21 coopère également avec la Fondation Rosa Luxembourg (Allemagne) depuis 2011 dans le cadre de son programme « Renforcement des capacités des acteurs locaux » par l’information, la formation et l’appui à l’organisation .

Mars 2016

Nouhoum KEITA Hannes LAMMLER ASFA21 Forum Civique Européen

1. Nations nègres et cultures

2. C’est dans cet Institut que l’exposition sur Faléa a été présentée pour la première fois sur le continent africain enfévrier 2011. Ensuite, en 2013, cette exposition itinérante est entrée dans la galerie du Parlement Européen à Bruxelles.

AFRICOM Go Home

pour comprendre la situation en Afrique et au Mali en particulier il est utile de donner la voix à des Africains. Les redacteurs du site Falea  vous proposent de regarder ce montage filmique. Il n’est pas l’expression de l’opinion de la rédaction du site Falea mais il mérite d’être porté à la connaissance des ami/es de la commune de Falea.

Juste en dessous vous trouverez une interview vidéo d’Aziz Salmone Fall, realisateur du montage filmique, membre fondateur du Groupe de Recherche et d’Initiative pour la Libération de l’Afrique (GRILA*) Entretien réalisé le 28 mars 2015 au Forum Social Mondial de Tunis, par le reporter Mikaël Alberca Doulson.
*plus d’infos sur GRILA.

Photos

Quelques photos de Faléa… Si vous souhaitez télécharger ces photos, utiliser les vignettes sous le diaporama, cliquez pour agrandir, puis glisser sur votre bureau.

 

 

NEWSLETTER Octobre 2014

LA MENACE D’UNE MINE D’URANIUM A FALEA !

Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer,  mais le village de Faléa sans  mine d’uranium…  c’est encourageant.

Ce que nous vous avons émis comme espoir pour Faléa dans la dernière lettre circulaire se confirme.  La baisse du cours de l’uranium (Yellowcake) n’incite pas à ouvrir de nouveaux gisements. La capacité de production mondiale est trop importante.  On n’est plus  à l’heure  de la spéculation effrénée pour tirer profit de la flambée des prix de cette matière première toxique, mais au contraire à une tout autre époque : la chute continue de son cours.  Conséquence : les titres d’AREVA plongent  de l’ordre de 20% le premier août 2014. Le 9 octobre, l’agence de rating,  Standard and Poor, S&P, parle de perspective négative et donne aux actions d’AREVA le classement BBB.  Encore un peu et c’est l’État français détenteur direct ou indirect de près de 87% du capital d’AREVA qui va, comme d’habitude,  lui « sauver»  la mise !

Le lobby nucléaire n’arrête pas de parler  de nouveaux  projets de centrales nucléaires  à construire, mais omet qu’il va falloir remplacer environ 400 centrales nucléaires dans les 40 ans qui viennent[1]  ..1986 Tchernobyl, 2011 Fukushima, les centrales nucléaires  vieillissantes assurent l’humanité de la survenue certaine d’une nouvelle catastrophe[2] … et ce n’est pas la spéculation sur des titres en perte de valeur qui  qui empêchera cela.

Les conséquences graves de FUKUSHIMA au Japon,  dont les effets  ont atteint  même la capitale Tokyo, selon les observations du médecin japonais Dr Shigaru Mita[3] adressées dans une lettre à ses confrères, donnent encore des raisons supplémentaires  aux habitants de Faléa pour s’opposer à l’ouverture d’une mine d’uranium dans le cadre écologique où ils vivent et qui est la terre sacrée de leurs ancêtres. Leur opposition au projet de mine d’uranium peut être considérée comme un acte de solidarité avec les contaminés au Japon.

L’année prochaine, seront  commémorés  les 70 ans de l’utilisation de la bombe nucléaire. L’Association des  Ressortissants et Amis de la Commune de Faléa (ARACF-ASFA21), rêve de pouvoir envoyer une petite délégation à Nagasaki et Hiroshima au Japon.

La catastrophe de FUKUSHIMA contribuera, espérons-le à la mise en place lente, laborieuse mais certaine de la sortie du nucléaire…

A Faléa, Denison Mines (DNN) ne se précipitera pas pour installer  l’infrastructure nécessaire pour une nouvelle mine d’uranium.  Le brouillon de l’Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES)  est quelque part dans des tiroirs… En conséquence, il n’y aura pas la nécessité d’une consultation populaire  dans les mois à venir ni  mêmes  dans les toutes  prochaines années.

 Rappel des objectifs de l’action de l’initiative Citoyenne ARACF  à  FALEA

1) Éviter la destruction de la Commune de Faléa par l’implantation d’une mine d’uranium,

2) Appuyer et  renforcer la démocratie locale à Faléa et dans le Cercle de Kéniéba (exemple : consultation populaire dans le cadre de l’EIES)

3) Favoriser la mise en place d’activités économiques durables au bénéfice  des populations  en respectant l’environnement, les Droits humains, la justice sociale, le patrimoine et la culture des habitants.

Si les objectifs restent immuables, les actions pour les atteindre ont connu des mutations importantes au cours de l’année écoulée.

C) Des petites victoires d’étapes pour gagner la bagarre ?

1) L’exploration pour la mine d’uranium a cessé à Faléa. La société qui a détenu les droits d’explorations sur le site de Faléa, Rockgate Capital Corp, a été acquise à 100 % par DENISON (DNN)[4]. ARACF-ASFA21 a constaté des irrégularités flagrantes dans l’attribution des concessions minières et poursuivra ces pistes qui mènent aussi au Canada. Une bagarre juridique s’impose.

2) La société CAMEC[5], promoteur de la mine d’extraction de bauxite sur le territoire de la Commune de Faléa (voir sur le panneau 2 de l’exposition «Faléa, la menace d’une mine d’uranium», la carte de l’attribution des concessions) a retiré tous ses équipements.

3) ARACF-ASFA21et la Commune de Falea ont réussi à contraindre le Gouvernement du Mali à débloquer le dossier du  bac automoteur traversier (équipement immobilisé à Keniéba, chef-lieu de la circonscription administrative d’appartenance de la Commune de Faléa depuis 2006) pour désenclaver la région qui est inaccessible pendant toute la période des pluies.

4) Bambou : un projet pilote de développement de la filière bambou a été élaboré et le démarrage de sa mise en œuvre est prévu en 2015

5) Analyse d’eau : une étude préliminaire portant sur la qualité des eaux de source des montagnes et des nappes captives a été concluante. L’association prépare, avec l’appui d’experts, l’étude de faisabilité d’un projet de captage, de filtrage, de traitement, de conditionnement et de mise en marché. Un volet sera consacré à l’appui à la Mairie de Faléa pour mettre en place une régie municipale d’eau potable.

6)  Radio : outil d’information, de sensibilisation, de communication, mais aussi de mobilisation et de participation  à la gouvernance démocratique, et outil de développement pour tous les acteurs locaux, nationaux et étrangers a encore, ces jours-ci, – face à l’urgence  de l’EBOLA  – un rôle d’information très important à accomplir.

7) Mise à disposition d’un véhicule 4x 4 tout terrain pour les références-évacuations sanitaires : il a permis en 2013 d’effectuer 48 évacuations vers le Centre de Santé de Référence de Keniéba pendant la période de crue du Fleuve Falémé (saison des pluies), sauvant ainsi plusieurs vies humaines (notamment de femmes en difficulté d’accouchement et de nouveau-nés)

Les nombreuses activités de l’initiative citoyenne ont favorisé une prise de conscience par les habitants de la nécessité de protéger le cadre écologique et de préserver la biodiversité dans toute la région géographique d’appartenance de la Commune Rurale de Faléa (zone de biosphère Bafing-Falémé).

La réflexion se développe sur les conséquences désastreuses et irréversibles des industries extractives sur l’ensemble de l’environnement dans cette zone transfrontalière Guinée-Mali-Sénégal et sur le bassin versant du fleuve Sénégal.

Des actions d’envergure commencent à se mettre en place, tel que le projet ERSAP.[6] Des partenaires internationaux au développement comme les Pays-Bas, le PNUD[7], l’UICN[8] s’orientent vers la création de grandes réserves d’espaces naturels et de faune dans la région. Ceci pourrait mener concrètement vers la constitution et l’aménagement du territoire de la Commune Rurale de Faléa en un parc naturel national du Mali.

 

Les projets miniers sont une menace considérable pour la nappe phréatique, l’eau potable des bassins versants des grands fleuves de l’Afrique de l’ouest. L’initiative citoyenne de Faléa, compte tenu de l’expérience des quatre années écoulées, évalue actuellement la faisabilité d’un regroupement d’ initiatives existantes dans le bassin versant du Sénégal en vue de tisser ensemble des liens de solidarités, d’échange de savoirs et de compétences avec des partenaires agissant ailleurs pour la protection de l’eau dans leurs bassins versants respectifs à l’exemple de la régie des eaux de Paris, qui collabore avec des partenaires  pour mettre au point la mise en place , le passage en agroforesterie de deux bassins versants en Ile de France[9]

Avec nos cordiales salutations,

pour le FCE ARACF –ASFA21

Hannes LAMMLER Prof Many CAMARA


[2] http://www.sueddeutsche.de/wissen/atomkraftwerke-ein-super-gau-pro-jahrzehnt-1.1365163

Une catastrophe par décennie selon une analyse de l’Institut Max Planck  de Mainz (RFA)

[4] 17 janvier 2014

[5] CAMEC (Central African Mining And Exploration Company) a été acheté en 2006 par la très controversée Eurasian Natural Resources Corporation qui, « chassée » de la Bourse de Londres en décembre 2013 vient de s’installer sous le nom de Eurasian Natural Ressources à Luxembourg. L’un des propriétaires majoritaires a été, il y a dix ans, la cible d’une enquête judiciaire suisse et belge au sujet de commissions occultes de l’ordre de 50 millions de $

[6] Programme de renforcement du système des aires protégées (ERSAP) financé par PNUD, etc.

[7] Programme des Nations Unies pour le Développement

[8] Union Internationale pour la Conservation de la Nature   (Gland  CH)

[9] L’écologiste No 43,  pages 41-45 juillet août septembre 2014

Un village malien rescapé de l’uranium

Village central de Faléapt

Village central de Faléa

«C’est le désert complet en matière de protection des populations de la radioactivité», expliquait en 2012 à France Culture Many Camara, professeur de sociologie, originaire de la commune de Faléa au Mali. Les lourdes machines de la firme canadienne Rockgate Capital Corp avaient pourtant déjà réalisé plus de 150 forages dans cette région reculée du pays, à la suite d’un mandat d’exploration de l’uranium délivré en 2007 par le gouvernement malien. L’association des habitants et des amis de Faléa (ARACF), que préside Many Camara, craignait que les populations soient déjà exposées aux rayonnements cancérigènes et avait pu constater des contaminations aux produits chimiques sur plusieurs sites. Aujourd’hui c’est le soulagement. La société qui a depuis racheté Rockgate, Denison Mines, canadienne elle aussi, s’est retirée du site à la fin 2014.

Que s’est-il passé?

A ce stade, aucune information précise n’a filtré. Mais deux éléments ont sans doute pesé. D’un côté, les cours de l’uranium se sont effondrés depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en 2011. L’arrêt complet des réacteurs japonais pour une durée indéterminée a fait progressivement chuter les prix de la matière radioactive.
D’autre part, la résistance des habitants de la région, favorisée par le travail d’organisation de l’ARACF, s’est révélée gênante, autant pour l’entreprise minière que pour le gouvernement malien. Les initiatives citoyennes se sont rapidement multipliées. Avec l’aide du Forum civique européen, le laboratoire associatif français de recherche sur la radioactivité CRIIRAD a été sollicité pour établir une cartographie des niveaux de radioactivité dans la région. La Ville de Genève a notamment financé ce projet qui nécessitait l’achat de compteurs Geiger de mesure de la radioactivité.

Foreuse en activité dans une forêtpt

Foreuse en activité dans une forêt

Le but de l’ARACF était aussi d’informer la population des conséquences potentielles de l’établissement de mines d’uranium à Faléa: accaparement de terres, contamination de l’air, des sols et de l’eau, destruction de la flore et de la faune, épuisement des ressources en eau, leucémies et cancers, etc. Une radio communautaire locale a vu le jour dans ce but, avec l’aide financière du canton de Genève cette fois, pour un volet formation et traduction dans les quatre langues locales.

Forage uranifère dans un champ d'arachidespt

Forage uranifère dans un champ d’arachides

L’ARACF a aussi organisé une assemblée des maires et des chefs coutumiers de la région, qui, à l’issue de leur rencontre, ont signé un mémorandum demandant au gouvernement malien de retirer les concessions d’explorations.
Informer les villageois s’avérait d’autant plus cruciale qu’une «fenêtre démocratique» allait s’ouvrir avant que les premiers sites d’uranium puissent être exploités, indiquait Many Camara: une consultation publique devait être tenue en vertu des lois maliennes. «Informés sur l’impact de l’uranium sur leurs vies, les habitants ne se seraient pas laissé bernés par les promesses d’emploi, de désenclavement et de développement de la région». Parallèlement, en 2011, des eurodéputés se sont rendus en visite à Faléa et ont rencontré à Bamako le président malien Amadou Toumani Touré. Ce dernier leur aurait promis de stopper le projet avant de se dédire par la suite. Par ailleurs, une conférence internationale sur l’uranium a été mise sur pied par les milieux antinucléaires en 2012 à Bamako.
L’ARACF, elle, ne se contentait pas de lutter contre les rayonnements radioactifs. Depuis 2001, elle aide les résidents de Faléa à améliorer leur quotidien. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le gouvernement malien a récemment débloqué le dossier du bac automoteur qui permettra de traverser la rivière à la saison des pluies, et ainsi désenclaver la région. L’association a aussi pu mettre à disposition de la commune un véhicule 4×4 pour les évacuations sanitaires et a lancé un projet pilote de développement de la filière bambou.

Prélèvement d'échantillon d'eau de source polluée par un enquêteur ARACFpt

Prélèvement d’échantillon d’eau de source polluée par un enquêteur ARACF

Les villageois devront toutefois rester vigilants face l’éventualité d’une reprise de l’exploration minière le jour où les prix de l’uranium prendront l’ascenseur. Mais Hannes Lämmler, du Forum civique européen, se montre confiant: «Il ne se passera rien dans les prochaines années. Il y a une surcapacité de production d’uranium dans le monde. Quatre cents vieilles centrales devront être démantelées dans les vingt prochaines années. Le nucléaire n’en a pas finit de poser problème.»

Christophe Koessler

Article paru dans le Courrier (sans images) le 13 janvier 2015

SUCCÈS À FALEA !

L’initiative citoyenne ARACF  vient de remporter une victoire non
négligeable: la mise en place d’un  BAC Fluvial, projet de désenclavement pourtant bloqué depuis des années.
Le prix du Yellowcake demeurant trop bas pour motiver la société DENISON à
accélérer le début l’extraction de l’uranium de Faléa. (Denison est le
nouveau propriétaire des droits d’explorations minière), la société civile qui s’oppose aux conséquences d’un tel développement, dévastateur pour les terre agricoles, vient de
remporter un succès important pour une issue économique
alternative , ….le désenclavement de Falea  gràce ä la mise en place d’un
bac moteur pour traverser le Falémé !

Ci-joint  :

  • Le texte integral du communiqué de presse de l’ARACF concernant le projet de BAC
  • La lettre du Ministre
  • Alternatives à la mine

    Présentation de la situation et des alternatives à l’exploitation minière pour le développement local.

    L’auteur de cet élément sonore et du texte sur les alternatives proposées par l’ASFA21 à Faléa est Siaka Z. Traoré, journaliste à Radio Kayira, Bamako. Il a réalisé ce magazine lors d’une conférence-débat grand public organisée, le 14 janvier 2014, par l’ASFA21 à Keniéba (chef-lieu de préfecture de Cercle éponyme, circonscription administrative d’appartenance de la Commune Rurale de Faléa).

    Le message de Dr MITA à ces confrères de Kodaira : Pourquoi j’ai quitté Tokyo ?

    Dr Shigeru Mita invite ses confrères à se préoccuper de la protection contre les radiations.

    Dr Mita Le Docteur Shigeru MITA qui a récemment déménagé pour Okayama-ville (préfecture d’ Okayama) pour y ouvrir une nouvelle clinique, a écrit un court essai dans un bulletin de l’association des médecins de Kodaira (métropole de Tokyo).
    Bien que cette essai ne s’adresse pas au grand public, il a été cité dans un magazine hebdomadaire par e-mail par le journaliste Kota Kinoshita, qui a organisé des actions pour inciter les gens à quitter les zones touchées par les radiations (y compris Tokyo) depuis le 11 mars 2011.
    A de nombreuses reprises, lors de conférences et de réunions publiques, le Dr Mita et Mr Kinoshita ont signalé le danger des radiations et ont appelé à une action immédiate de radioprotection.


    Pourquoi ai-je quitté Tokyo ?

    Dr Shigeru MITA (Clinique Mita)
    A mes confrères médecins,

    J’ai fermé en Mars 2014 la clinique qui a servi la communauté de Kodaira depuis plus de 50 ans, depuis la génération de mon père; et j’ai ouvert une nouvelle clinique MITA à Okayama le 21 avril.

    J’ai été membre du conseil d’administration de l’association médicale de Kodaira depuis 1990, lorsque j’ai commencé à pratiquer la médecine dans la clinique de mon père. Pendant les dix dernières années j’ai travaillé à préparer une réponse urgente en cas de catastrophe dans la ville.

    A Tokyo, la première mission est de se préparer à gérer un tremblement de terre.

    Dans le cas d’un tremblement de terre dans le Sud Est, hautement prévisible, il est raisonable d’envisager un scénario de fusion du coeur dans la centrale nucléaire de Hamaoka (préfecture de Shzuoka), suivie d’une contamination radioactive de Tokyo.

    J’étais préoccupé par la possibilité d’une contamination de Tokyo; j’avais demandé plusieurs fois à l’association médicale, au conseil municipal et au département local de santé publique de stocker de l’iode médical. A chaque fois ma demande a été rejetée, la raison invoquée était qu’on ne prévoyait pas la survenue d’un tel événement à Tokyo. Il n’y avait donc aucun plan pour se préparer à cet éventualité.

    Au cours de l’après-midi du 11 mars 2011, Tokyo a subi de lentes mais grandes secousses du tremblement de terre. J’ai pensé «C’est ce qu’on appelle des mouvements sismiques de longue période. Le tremblement de terre de la mer du Sud et sa conséquence, l’accident de la centrale nucléaire d’Hamaoka, sont finalement arrivés». En fait l’origine du tremblement de terre était dans le Tohoku. La température des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai Ichi s’est élevée, elle a causé de massives explosions suivies de fusions des coeurs et de perforation des cuves.

    Il est certain que le Japon de l’Est et la métropole de Tokyo ont été contaminés.

    La contamination du sol se mesure en Bq/kg.
    Dans les 23 districts de la métropole de Tokyo, la contamination de la partie orientale est de 1000-4000 Bq/kg et celle de la partie occidentale est de 300-1000 Bq/kg (Césium 137 seul).
    La contamination de Kiev, capitale de l’Ukraine est de 500 Bq/kg (Cs 137 seul).
    En moyenne, après l’accident de Tchernobyl, l’Allemagne de l’Ouest était à 90 Bq/kg, l’Italie à 100, et la France à 30 Bq/kg.
    De nombreux problèmes de santé on été signalés en Allemagne et en Italie.
    A Shinjuku, site de la mairie de Tokyo, on mesurait 0,5 à 1,5 Bq/kg avant 2011, Actuellement, Kodaira est contaminée à 200-300 Bq/kg.

    Je vous recommande à tous de regarder le programme de la NHK «ETV spécial: l’accident nucléaire de Tchernobyl: rapport sur un pays contaminé»; il est disponible sur internet. Je pense qu’il est important de savoir ce qu’ont vu et perçu ceux qui ont visité le Belarus et l’Ukraine et entendu les récits des habitants; et d’écouter ceux qui ont servi dans les opérations de secours à Tchernobyl il y a plus de 20 ans.

    Leur expérience montre que que Tokyo ne devrait plus être habitée et que ceux qui insistent pour vivre à Tokyo doivent faire des pauses régulières dans des régions plus sûres.

    Des problèmes tels que la dépopulation et le déclin de l’état continuent de peser actuellement sur la vie des 2° et 3° génération d’Ukrainiens et de Biélorusses; je crains que ce ne soit l’avenir de l’Est du Japon.

    Depuis décembre 2011, j’ai réalisé des échographies thyroïdiennes, des tests fonctionnels de la thyroïde, des analyses sanguines générales et biochimiques chez environ 2.000 personnes. La plupart étaient des familles de la métropole de Tokyo préoccupées par les conséquences des radiations.

    J’ai observé que les globules blancs, spécialement les neutrophiles, diminuaient chez les enfants de moins de 10 ans. Il y a des cas de diminution significative du nombre de neutrophiles chez des enfants nés après le tremblement de terre (<1000). Dans les deux cas la situation tend à s’améliorer en allant vivre dans l’Ouest du Japon (neutrophiles 0→4.500).
    Les patients signalent des saignements de nez, une perte des cheveux, un manque d’énergie, des ecchymoses sous cutanées, des hémorragies urinaires visibles, des inflammations de peau, de la toux et d’autres symptomes divers non spécifiques.

    Kodaira, dans l’Ouest de Tokyo est l’une des zones les moins contaminées du Kanto; cependant même dans cette zone nous avons commencé à constater des changements dans le sang des enfants vers le milieu de l’année 2013.

    La contamination s’accroit à Tokyo, aggravée par la concentration urbaine des radiations, ou parce que les systèmes d’assainissement urbain, tels que le système des eaux usées, la collecte et l’incinération des ordures concentrent les radiations, car les déchets contaminés sont rassemblés et compressés. Les mesures effectuées par des groupes de citoyens ont montré que le niveau des rayonnements s’est fortement accru ces deux dernières années dans le lit des rivières Kawabori à Higashiyamato et Higashimurayama à Tokyo.

    Parmi mes préoccupations, j’ai inclus des symptomes rapportés par des patients en général, tels que un asthme ou une sinusite persistants. Les patients montrent une amélioration notable lorsqu’ils quittent la région.

    J’observe aussi de nombreux cas de «Polymyalgie Rhumatismale» caractérisés par des plaintes telles que «difficulté à se retourner», «incapacité à s’habiller et se déshabiller», «incapacité à se lever» chez mes patients d’âge moyen ou plus âgés. Seraient-ce les mêmes symptomes que ceux du rhumatisme musculaire notés à Tchernobyl ?

    On peut également noter des modifications des symptômes de maladies contagieuses comme la grippe, le syndrome pied-main-bouche et le zona.

    De nombreux patients signalent ressentir des symptômes non familliers ou percevoir des changements inhabituels dans leur corps. Peut-être se sentent-ils à l’aise pour m’en parler, sachant que la clinique a affiché, immédiatement après l’accident, une information sur les symptômes possibles liés aux radiations.
    Beaucoup de jeunes couples avec de jeunes enfants et des femmes inquiètes au sujet de leurs petits-enfants viennent à la clinique et s’engagent résolument dans la discussion; aucun patient ne rejette mes opinions critiques sur les conséquences des radiations.

    Depuis le 11 mars, chaque habitant de l’Est du Japon, y compris Tokyo, est une victime et chacun est concerné.

    Nous avons découvert que nos connaissances dans la discipline de radiologie sont complètement inutiles dans le cas d’un désastre nucléaire. Le mot-clef est ici «irradiation interne de bas niveau au long cours». C’est très différent d’une irradiation médicale ou d’une simple exposition externe aux radiations.
    Je ne veux pas m’impliquer dans les questions politiques; cependant je dois déclarer que les politiques de l’OMS, de l’AIEA ou du gouvernement japonais ne sont pas fiables. Elles sont simplement trop éloignées des dures réalités auxquelles les gens de Tchernobyl sont confrontées aujourd’hui.

    Les patients de l’Est du Japon que je vois ici à Okayama ont confirmé les opinions que j’avais depuis longtemps, depuis que j’étais établi à Tokyo. Les gens souffrent vraiment de cette absence totale de soutien. Depuis le 11.3 les mères ont cherché désespérément l’information pour protéger leurs enfants. Elles ont cherché l’information au milieu de leur environnement hostile de Tokyo où elles ne peuvent plus faire confiance ni aux bureaux du gouvernement ni aux écoles de leurs enfants.
    Les médecins de famille sont prêts à écouter à propos d’autres symptomes, mais à la plus petite mention des radiations leur visage s’empourpre et ils ignorent les questions des mères.
    Les mères ne pourraient même pas en parler à leurs amis tant l’atmosphère est devenue de plus en plus étouffante à Tokyo.

    Je crois qu’il est de notre devoir de médecins d’informer et d’augmenter la sensibilisation des japonais. C’est notre rôle d’experts dépositaires de connaissances sur le santé que le grand public ne possède pas. Trois années se sont rapidement écoulées depuis le désastre. Ni enseignements ni livres médicaux n’ont été réalisés au sujet des maladies dues aux rayons.

    Néanmoins, si le pouvoir de sauver nos concitoyens et les générations futures existe quelque part, il ne se trouve pas au sein du gouvernement, ni d’aucune société académique, mais dans les mains de chaque médecin clinicien.

    Les habitants de Tokyo ne sont malheureusement pas en situation de s’apitoyer sur le sort des régions du Tohoku affectées car ils sont eux mêmes victimes. Le temps presse. J’ai pris un temps d’avance et j’ai évacué vers l’ Ouest.

    Mes confrères médecins, je vous attends ici.

    Et aux gens du Japon de l’Est qui hésitez encore, tous mes efforts visent à faciliter et rendre possible votre évacuation, votre réinstallation, ou un temps de récupération dans l’Ouest du Japon.

    Dr Shigeru MITA